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 Athlétisme : le 200 m décrypté par Pierre-Jean Vazel

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Sébastien
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MessageSujet: Athlétisme : le 200 m décrypté par Pierre-Jean Vazel   Athlétisme : le 200 m décrypté par Pierre-Jean Vazel Icon_minitimeJeu 15 Sep 2011 - 14:11

Décryptage de la finale du 200m de Daegu (source: le monde)

En résumé, départ de merde à cause des idées de vieux que la muscu détruit les organismes. Quand il aura un vrai training, il va aller très très vite.

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Jaunes, rouges, blancs. J'ai repéré les marquages sur le revêtement bleu de la piste de Daegu. Ils me serviront à analyser la finale du 200 m des championnats du monde en visionnant les quelques 4200 images qui constituent le film de la course enregistré par une caméra à grande vitesse. C'est le même matériel dont dispose la KSSB, la Société de biomécanique du sport coréenne. Elle travaille ici pour le compte de la fédération coréenne d'athlétisme, en coopération avec la fédération internationale et le comité d'organisation local afin de mettre en place un dispositif discret et ne pas gêner les spectateurs. Tellement discret que seulement quelques rapports préliminaires arrivent au compte goutte et dans le désordre en zone de presse.

L'équipe est composée de vingt personnes, dont six japonais venus apporter leur expérience dans le recueil et le traitement de données. Longtemps après leurs premiers projets dans les années soixante, les biomécaniciens japonais se sont véritablement organisés en vue des Mondiaux de Tokyo en 1991, élaborant leurs propres modèles d'analyses cinématiques. En attendant le départ du 200 m, je feuillette l'une de leurs très nombreuses publications en compagnie de Hirosuke Kadono, l'un des six japonais venus prêter main forte. Diplômé en sciences humaines et assistant professeur à l'Université de Tsukuba, il était membre de l'équipe opérant au Mondial d'Osaka il y a quatre ans, dont le travail avait été rondement mené. En revanche, les Coréens sont beaucoup moins rôdés. Les études lors des Jeux olympiques de Séoul avaient été coordonnées par l'Université de Prague et n'avaient pas vraiment stimulé la recherche dans ce domaine en Corée.

ENTRE BIOMÉCANICIENS

En circulant dans les tribunes hautes, repaire des vidéastes, j'ai croisé cette semaine un autre japonais, Kyohei Takahashi, docteur et chercheur au département des sciences du sports au sein de l'agence nationale pour le développement du sport et de la santé, basée à Tokyo. Il est accompagné de deux collègues, et mène ses propres analyses. La concurrence fait rage dans ce pays ! Il y a aussi les biomécaniciens américains, stratégiquement positionnés aux quatre coins du stade. De mon coté, je produirai mes analyses à l'issue des championnats pour le site uCoach développé par la fédération britannique pour la formation de ses entraîneurs. Et voici les premiers éléments que je peux donner quelques heures après la finale du 200 m, remportée comme prévu par Usain Bolt en 19 s 40 devant Walter Dix, 19 s 70 et Christophe Lemaitre, qui complète le podium le plus rapide de l'histoire des Mondiaux en 19 s 80, nouveau record de France.

Bolt a été prudent au départ de la course : c'est lui qui a réalisé le plus mauvais temps de réaction de la finale (0 s 193), contrairement aux Mondiaux de Berlin en 2009 où il avait été le plus prompt à réagir (0 s 133). La peur de faire un faux départ comme lors du 100 m, certainement. Seiko, chronométreur officiel des championnats, a la bonne idée de produire des graphiques traduisant l'impulsion dans les starting-blocks par chaque athlète. L'originalité de son système réside dans l'enregistrement de la pression initiale en position "prêt", et détecte le changement de force appliquée par l'athlète au début de son mouvement. Contrairement à d'autres systèmes comme Omega qui ne déclenche le temps de réaction que lorsque la pression appliquée par l'athlète dépasse un seuil déterminé (par exemple, 27 kg pour les hommes et 25 pour les femmes). Ce qui avantage les sprinters légers et pénalise les plus lourds. Le dispositif de Seiko est, de ce point de vue, le plus équitable.

La courbe du graphique de Lemaitre donne des indications permettant de cerner son profil de départ. Son temps de réaction, 0 s 160, est conforme à ce qu'il réalise habituellement. Lors de son record sur 100m (9 s 92) par exemple, il était parti en 0 s 163. Son point faible réside dans le fait qu'il ne pousse pas vite. Le temps total de poussée dans les blocks de Bolt et de Dix, 0 s 34 et 0 s 29 respectivement, sont significativement plus courts que celui du Français (0 s 37). Cela signifie qu'à temps de réaction égal au signal, Lemaitre s'extrait des blocks plus tard que ses rivaux.

"FORCE-VITESSE"

Les tendances relevées dans les données temporelles se retrouvent également dans les données dynamiques (relatives aux forces). Il fait partie des cinq finalistes à dépasser 125 kg de pression sur le block arrière. (Note : d'un point de vue strictement mécanique, cette unité est impropre: la pression est une force rapportée à la surface sur laquelle elle s'applique, et une force s'exprime en newton, et non en kilos ; mais finalement peu importe l'unité choisie par Seiko puisque les valeurs permettent la comparaison.). Sur le block avant, il applique environ 85 kg : seuls Bolt et Dix poussent plus fort. Plus on pousse fort, plus on a besoin de temps pour produire cette intensité, c'est logique. Sauf si le sprinter est capable de générer une action motrice à la fois intense et rapide, ce que l'on appelle en pratique la "force-vitesse", et qui correspond à ce qu'on peut se représenter être la puissance. Dans ce domaine, Lemaitre n'est pas encore au niveau de ses rivaux.

Les premiers appuis et la phase initiale de la course, dite "en pousseur", est moins déterminante sur 200 m que sur 100 m. C'est pour cela que les positions après 10 m de course ne correspondent que très rarement à l'ordre à l'arrivée. Daegu ne déroge pas à la règle : c'est Sorrillo (finalement septième) qui mène juste devant Ashmeade (finalement cinquième) et Bolt ; Lemaitre est cinquième alors qu'Edward, se ressentant apparemment déjà de son ischio droit, s'arrête quelques foulées plus tard. Après un très bon échauffement, l'entraîneur du Panaméen était très confiant, mais les quarante minutes de chambre d'appel, où les finalistes ne peuvent pas vraiment bouger, ont fait des dégâts en refroidissant l'organisme. Bolt, au couloir trois, a refait son décalage sur Dix, au quatre, après seulement cinquante mètres de course, et sur Lemaitre, au six, au bout de quatre-vingt mètres. A ce moment, le français qui a perdu son lièvre panaméen, s'accroche au Norvégien Ndure qui délie sa foulée au couloir extérieur. Le passage à la mi-course délivre une indication de la base sur lesquels ils ont couvert le virage. Bolt est chronométré en 9 s 99. En comparaison, il est légèrement en retard sur les 9 s 96 de son premier record du monde (19 s 30) aux Jeux de 2008 et les 9 s 92 de son dernier (19 s 19) aux Mondiaux de 2009. Dix suit à 1 m 54, Lemaitre est quatrième, 2 m 93 derrière le Jamaïcain.

Son temps de passage au 100 m, 10 s 26, est largement le meilleur de sa carrière, qu'il avait réalisé la veille en 10 s 42. Lors de son record de France (20 s 16) à Valence l'an dernier, il n'était passé qu'en 10 s 61. Il avait égalé le record de Gilles Quénéhervé (établi en décrochant l'argent aux Mondiaux de 1987, seule médaille française en sprint masculin avant Daegu) qui était passé en 10 s 57. Les statistiques que j'ai effectué sur près de trois-cent courses rapportent que le fait de courir en virage ralentit en moyenne de 0 s 27, et chaque couloir éloigné de la corde permet de gagner de un à deux centièmes en raison du virage moins serré vers l'extérieur. Le temps de passage de Lemaitre le situerait donc à 9 s 99 sur cette course, proche de son record, démontrant qu'il a progressé dans ce secteur de course au point de devenir un vireur moyen. Pas encore exceptionnel, même s'il est parvenu à corriger son épaule gauche trop basse, mais pas encore à ouvrir son bassin vers l'avant et non le fermer vers l'intérieur de son couloir. L'idéal étant de ne pas trop modifier ses alignements dans le virage.

UNE FOULÉE À 2 M 72

Don Quarrie, champion olympique 1976, ancien détenteur du record du monde avec 19 s 8 et accessoirement l'oncle d'un des athlètes que j'entraîne, m'avait donné un truc : ne jamais regarder plus loin que dix mètres devant soi, pour avoir l'impression de courir en ligne droite durant toute la première moitié de course. C'est d'ailleurs dans cette intention que tous les coureurs de 200 m place leur starting-blocks de travers pour entrer de manière rectiligne dans le virage. Le temps de passage de Bolt le situerait lui à 9 s 72, bien mieux que ce qu'il a réalisé pour l'instant cette saison (9 s 88). Ces données doivent cependant être relativisée par la dimension tactique qui entre en compte et qui est propre à chacun, même dans une épreuve aussi courte que le 200 m ; Ainsi, Ato Boldon, champion du monde 1997, explique qu'il met la plus grande intensité entre les 50 et 150 m.

Les positions durant cette finale restent inchangées pendant les 50 m suivant. A ceci près que les écarts se creusent. Bolt s'envole et compte 3 m 72 d'avance sur Lemaitre, lequel maintient son écart avec Dix. Le Jamaïcain a couvert la troisième portion de 50 m en 4 s 56, légèrement plus lent que ses 4 s 52 de 2008 et 2009. Le Français, lui, les couvre en 4 s 64, mieux que pour son record (4 s 73) et celui de Quénéhervé (4 s 68). La foulée de Lemaitre est dans cet intervalle de 2 m 66, bien plus longue qu'à Valence (2 m 53), et identique à celle de Bolt ! Dix, lui, trotte menu en 2 m 34. Ndure voit s'envoler le bronze à quarante mètres de course au profit du Français dont l'effort rageur dans les 50 derniers mètres n'est pas suffisant pour rejoindre Dix. Cette tranche de sa course est néanmoins plus rapide que celle de l'Américain (4 s 90 contre 4 s 94), mais malgré les apparences, cela ne constitue pas son meilleur finish, puisqu'il avait achevé le dernier quart de ses 20 s 16 en 4 s 82. Bolt réalise quant à lui 4 s 85, un dixième de seconde plus lent que lors du record du monde.

Tout en produisant un effort maximal, Bolt a pu surveiller ses rivaux sur l'écran géant pendant toute la ligne droite, avant de fixer son regard sur le chrono dans les derniers décamètres, preuve d'une maîtrise exceptionnelle. Sa foulée s'est allongée à 2 m 72, exactement comme celle de Lemaitre, qui a gagné cinq centimètres par rapport à 2010. L'ultra favori franchit la ligne en 19 s 40, le troisième chrono de sa carrière, avec une marge de 3 m 88 sur notre médaillé de bronze. Lequel pulvérise son record de France de 0 s 36 pour le descendre à 19 s 80, devenant le quinzième meilleur spécialiste de l'histoire. Et surtout deuxième Européen à huit centièmes seulement du record mythique de l'Italien Pietro Mennea qui résiste depuis trente-deux ans.

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MessageSujet: Re: Athlétisme : le 200 m décrypté par Pierre-Jean Vazel   Athlétisme : le 200 m décrypté par Pierre-Jean Vazel Icon_minitimeJeu 15 Sep 2011 - 19:42

j'adore . Merci !
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MessageSujet: Re: Athlétisme : le 200 m décrypté par Pierre-Jean Vazel   Athlétisme : le 200 m décrypté par Pierre-Jean Vazel Icon_minitimeJeu 15 Sep 2011 - 20:00

Moi aussi. Le genre d'infos qui ne sert à rien en apparence mais qui apprend énormément quand on dépiote le truc.

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