La force est la base de tous les sports. En effet, chaque geste est quantifié en unité de force. Chacun développe donc une force spécifique qu'il tente de reproduire sur une durée spécifique à son sport.
Nous savons qu'à la naissance, les fibres sont assez uniformément réparties (45 à 65% de fibres lentes pour forcément 45 à 65% de fibres rapides, les rapides se différenciant en IIA et IIB).
L'enfance et la pratique sportive induisent la répartition future de l'adulte. Ce dernier peut encore quelque chose dans cette différenciation, mais de manière beaucoup plus sommaire.
Pourtant, lorsque l'on regarde les répartitions des fibres entre les marathoniens et les sprinters (par exemple au niveau du mollet), la différence est tout simplement énorme (76% de fibres rapides pour le sprinter contre seulement 21% chez le marathonien).
Nous savons que la fibre musculaire est ce que son innervation est. C'est la sollicitation nerveuse qui 'transforme' les fibres musculaires. Seulement voilà, nous passons la quasi majorité de notre temps en efforts peu intense (postural, marche, etc.). Comme l'entraînement lui ne sollicitera que très peu de temps les fibres rapides (quelques secondes à quelques minutes à chaque entraînement), il est logique que la priorité doit être faite au travail de force et de vitesse spécifique pour amener les muscles à devenir ce que nous nous entraînons.
Seulement, avec un ratio temps pas franchement en faveur de la vitesse et de la force, comment améliorer cela?
Nous savons que les sujets les plus lourds proposent une force absolue plus importante que les sujets les plus légers (d'où l'intérêt des catégories de poids dans les sports le permettant). D'où cela provient-il?
Nous disons souvent que la force est relative à la section du muscle (plus on est musclé, plus on a de possibilité de force). Nous le retrouvons dans la force absolue (les records de force athlétique par exemple où les catégories lourdes présentes des performances sans commune mesure avec les performances des poids légers). Mais si cela était la seule vérité, la force relative serait tout autant en faveur des poids lourds (charge déplacée par rapport au poids de corps). Or, dans nos salles de musculation, nous voyons bien que ce n'est pas le cas. Certes les 90K poussent plus lourd que les 60K. Mais en ramenant ces charges à un Poids de corps identique, c'est loin d'être une vérité absolue.
Bosco, il y a quelques années (1984), a proposé une expérience: augmenter l'intensité du système nerveux dans la vie de tous les jours. Pour cela, il a proposé de revêtir un gilet lesté (13% du poids de corps des cobayes) durant 3 semaines. Les résultats? Les tests de musculation à suivre présentaient un avantage certains pour les sujets ayant bénéficiés de ce gilet lorsque les charges sollicitées les fibres rapides.
4 semaines après l'arrêt du test, les composantes sont toutes revenues à la normale (différence de performance entre les sujets lestés et non lestés).
Que pouvons-nous en retirer?
Tout d'abord, avec le gilet lesté, le système nerveux a élevé les impulsions 'courantes' (posture, vie de tous les jours). Les tests pratiqués avec de lourdes charges ont bénéficié de cette amélioration (alors que les gilets ne représentaient pas du tout de telles charges). L'activité la plus longue a donc modifié le fonctionnement du SNC qui a surement modifié la composition des muscles.
Ensuite, le système neuromusculaire est réellement plastique, il se modifie en permanence en fonction de l'activité prépondérante. Il faut donc spécifier son activité pour performer dans un sport (on dit maintenant qu'il faut faire de la vitesse pour être rapide et non plus la mythologique PPG/PPO/PPS se basant sur la pyramide d'endurance).
Enfin, le niveau permanent plus important de fonctionnement du SNC a peut-être modifié le fonctionnement des récepteurs liés aux réflexes musculaires, réduisant du même coup une faible partie des résistances réflexes qui s’opèrent lors de chacun de nos gestes.
Les sujets les plus lourds semblent améliorer leurs performances non pas uniquement grâce à leurs grosseurs de muscles, mais grâce à l'activité de base (permanente) avec un poids de corps plus important (et donc un système neuromusculaire plus approprié pour porter lourd).
Mais comment réellement devenir fort, rapide ou puissant (ou les 3)? Pourquoi ne pas se baser sur l'expérience de Bosco et reproduire des cycles permettant de modifier réellement le SNC?
Par exemple, en phase de pré affûtage (le mois précédent les 2/3 semaines d'affutage), se lester quotidiennement pour permettre cette plasticité. Il pourrait-être possible d'élever encore plus le niveau de l'athlète (potentiellement), l'affutage servant de mise en pratique de ce nouveau niveau.
Cela nous amène également à une validation de l'immense intérêt du travail de gainage et de l'optimisation des postures de chacun. En effet, ce gilet lesté de 13% du poids de corps des sujets d'expérience a été supporté la plupart du temps pour un maintien de posture (nous passons notre vie à maintenir l'équilibre de notre corps). Ce gilet a donc fortement renforcé ces muscles, ce qui a certainement permis une plus grande optimisation du système musculaire lors des tests de force (une partie des efforts des muscles moteurs des mouvements tests a pu réellement être exploitée pour le mouvement à faire et non pour stabiliser l'organisme, résultat directe de l'augmentation de force des muscles posturaux).
Sur ce, bon entraînement à tous.